Verte économie, les nouvelles pousses

L’économie dit non avec la tête mais dit oui avec le cœur. Souvent perçu comme le cancre qui n’arrive pas à plier genoux, l’économie se verdit encore un peu demain. Pour mieux dire, l’économie ne peut se passer de l’environnement, la réciproque n’est pas vraie. Il est temps de renforcer les piliers du pont entre économie et environnement.

L’environnement est un engrenage dont la pièce maîtresse est l’économie

Présente partout, l’économie est une pièce insérée dans un engrenage où elle est le plus gros maillon pour permettre une transition écologique. Ainsi, l’économie est un maillon à quatre embouts : les consommateurs, les producteurs, la puissance publique et la finance. Faire tourner l’économie de manière pérenne revient à aligner la forme de ces quatre embouts. Autrement dit, l’économie est la pièce qui doit aller dans le même sens que l’écologie où tout mouvement en faveur de la planète doit être encouragé, puisqu’il permet de faire progresser l’ensemble de l’engrenage par effet de cliquet.

Un cri poussé par la jeunesse

La jeunesse est de plus en plus exigeante sur la transition écologique. C’est souvent la nouvelle génération qui conteste le système économique voulant une économie plus responsable, plus éthique avec une justice sociale et une responsabilité plus forte vis-à-vis de la planète. Ces valeurs qui sont européennes peuvent être compatibles avec l’efficacité et la croissance économique – les sociétés du nord sont les premières de cordées dans cette idée, plus inclusive, plus sociale et plus écologique. Ainsi, la jeune génération a compris que l’économie est un instrument indispensable au bien-être, à la sécurité sociale mais aussi à l’écologie. Certes très critiquée, l’Europe reste la deuxième puissance économique du monde et possède un projet sociétal unique au monde, elle doit prendre les devants sur les questions environnementales : un accord européen est indispensable.

Quelle suite à notre modèle économique ?

La modélisation économique qui consiste à représenter de manière simplifiée l’économie est ici indispensable. Deux modèles mathématiques simplifiés ont déjà été établis qui intégre l’environnement au modèle économique :

  • Le modèle World 3, qui a été développé par les ingénieurs du MIT Jorgen Randers, Dennis Meadows et Donella Meadows dans leur livre publié en 1972 The limits to growth. Ce modèle modélise jusqu’à 2100 notre société qui continue de s’effondrer dû à l’industrie toujours plus gourmande dans sa production alors même que notre planète possède des ressources finies. Autrement dit, ces scientifiques proposent une vision basée sur les conséquences des ressources en consommant moins, c’est la naissance de l’idée de la décroissance.
  • Le modèle Dice, qui a été notamment développé par le néo-classique William Nordhaus en 1991. Ce modèle modélise le réchauffement climatique comme une conséquence de la société industrielle. Ainsi, la solution du réchauffement climatique se trouve dans l’apport de toujours plus de production et d’innovation où la croissance peut être infinie et optimale – il recevra le prix Nobel d’économie en 2018 pour sa pensée.

Je pense que nous sommes appelés à faire une transformation de la croissance et non un arrêt. Or, le mot croissance est devenu impopulaire car il est associé au dommage écologique – qui sont par ailleurs souvent liés. L’idée est que la croissance ne peut être infinie mais peut encore continuer avec l’innovation sur l’écologie. Ainsi, la décroissance est un mythe produisant des conséquences douloureuses d’un point de vue social – par exemple l’impossibilité de financer les retraites, le chômage et plus généralement notre régime de protection sociale. De plus, ceux qui vont payer les pots cassés de la décroissance sont les PME et de manière générale les plus défavorisés, à contrario les plus favorisés ou les grandes entreprises s’en sortent toujours. D’un point de vue philosophique, je pense que l’humain est fait pour avoir des projets, il faut repenser la croissance qui ne réside pas à produire toujours plus mais mieux.

Quel futur pour les banques et assurances ?

Si l’économie ne peut se passer de ces deux institutions, elle doit s’en servir pour créer un monde responsable sur l’écologie. Ainsi, le risque climatique fait partie du risque financier puisqu’il change la valeur des actifs. Les stress test qui sont des outils macroéconomiques qui simulent des conditions économiques et financières extrêmes mais plausibles se multiplient en ce sens. C’est dans cette idée que la Banque de France a établi dans le secteur financier avec un horizon de 20 ans quatre scénarios pour apprécier la durée des actifs. La banque de France a été devancée par les banques centrales De Nederlandsche Bank et Bank of England mais reste pionnière en Europe sur sa méthodologie puisqu’elle associe les banques et les assurances. Ces tests de résistances bancaires sont les premiers pas de conscience sur l’impact de l’économie sur la planète et permettent de chiffrer les risques environnementaux. Ainsi, les secteurs les plus impactés par le risque de transition représentent : 9,7% du portefeuille de crédit des banques et 17% du portefeuille des assureurs – dont 11% pour le seul secteur manufacturier. Le risque est donc plus important pour les assureurs avec des primes augmentant de 130 à 200% sur 30 ans pour couvrir ces pertes. Rien que sur le territoire français, les sinistres liés aux catastrophes naturelles augmenteront de 2 à 5 fois pour les départements les plus touchés. Le secteur public avec l’OCDE comme le secteur privé avec Deloitte ont commencé également à prendre conscience de ces risques. Nous ne sommes comme début des catastrophes naturelles : niveau bas des fleuves, incendie de forêt, augmentation du prix des matières premières… Certains économistes soutiennent même que des milliards d’actifs vont partir en fumée d’ici 20-30 ans.

Quelles solutions pour une économie plus verte ?

Trois instruments vont nous permettre de faire une transition écologique durable par l’économie. Le premier enjeu est l’obligation des institutions financières à publier leurs risques environnementaux. Le second est la facilitation du financement massif des projets écologiques. Le troisième qui fait le plus débat est l’imposition d’un prix à l’émission du carbone. Je pense que ce troisième instrument est nécessaire, puisque c’est ce qui nous différencie nous Européens avec l’Amérique de Biden. Bien qu’il était temps que le gouvernement fédéral américain rejoigne le combat de l’Europe sur l’environnement, le fait de mettre un prix au carbone est la limite du plan Biden. Autrement écrit, dû en autre à des raisons politiques, les américains n’en sont pas encore là quand l’Europe va dans le sens d’imposer un prix au carbone. Ainsi, en économie si on ne donne pas le juste coût d’un bien à long terme le système économique ne marche pas, les économistes appellent ça le signal prix. C’est dans cette idée que je suis contre toutes réglementations qui inciteront à long terme le secteur privée de trouver le juste prix du carbone. Autrement écrit, il faut faire payer le carbone à la hauteur des dommages qu’il cause, il est là l’enjeu de la transition écologique. Il y a un consensus d’économistes sur le coût d’une tonne de CO2 qui est estimé actuellement entre 60 et 70€ la tonne de CO2. Mesure très impopulaire, à l’échelle mondiale on en est très loin même si l’Europe reste en avance sur cette idée et possède déjà un système de permis carbone. La mise en place de ce permis fut un échec en France, mais l’Europe a été la première à associer un coût au carbone et étudie actuellement la généralisation à tous secteurs. Avoir un prix sur le carbone va nécessairement augmenter l’inflation, or l’Europe ne veut pas plus de 2%. Les économistes se doivent de réfléchir davantage à la notion d’inflation dans les années à venir, en l’intégrant davantage dans leurs modèles. A priori, il n’y a pas d’incompatibilité entre la confiance de la monnaie qui demeure et un prix du carbone qui monte a fortiori plus c’est prévisible dans la durée mieux ce sera. Le réchauffement climatique doit devenir le critère central pour la mise en place d’outils politiques monétaires.

A force de retarder et de décaler la transition écologique, le réveil ne sera que plus brutal. Il est encore temps pour nous de conscientiser que le changement climatique à un effet sur les prix et sur les activités et non l’inverse. Tout est une question de temps pour que les différentes institutions financières puissent s’adapter. Ecologie et économie ne sont pas antinomique bien au contraire, verdir l’économie permettra dès l’aube de demain un réveil plus doux.

Matthieu Verry est un étudiant à l’Université Panthéon-Sorbonne et Sorbonne-Université. Il est porte-parole d’Ecologie Responsable et chargé du pôle finance verte au sein du Think-Tank. Matthieu rejoint le Crédit Agricole en 2021 après avoir travaillé au sein de la maison d’investissement Edmond de Rothschild et obtenu la certification AMF. En parallèle, il réalise un Master de philosophie sur la place du choix pour Aristote, Thomas d’Aquin et Ricœur. Il a notamment travaillé pour Thales, au ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, dans une fondation sur la technologie et dans un cabinet d’audit et d’expertise comptable. Pour financer ses études il a travaillé au Fouquet’s, au théâtre de Paris ainsi qu’en tant que professeur particulier de mathématiques.

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Community Manager de l'imprimerie Villière (imprimerie écologique).

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