« Un masque à la mer »

Plusieurs photos ont circulé aux premiers jours du déconfinement montrant des déchets (sacs, cornets de frites, etc. MacDonald’s pour ne pas les citer), dévoilant le vrai visage de l’homme avec un petit « h », longtemps confiné mais pas vraiment transfiguré. L’image des quais du Rhône littéralement jonchés de détritus au début du mois, pas très chic, a fait choc, a fait mal. En fait, rien n’a changé ou presque. Les médias ont beau parler de plus en plus de l’état de la planète et des écosystèmes, des faits alarmants touchant l’environnement qui se multiplient et de l’urgence de devenir plus écoresponsable, plus responsable tout court, il y en a toujours que tout cela n’émeut guère.

Je me souviens très bien d’un article publié sur l’Eco-blog il y a près de 9 ans intitulé « Mc Donald’s : « temps zéro » d’une politique de développement durable ». Qu’en est-il aujourd’hui ? Il est grand temps de faire tomber les masques. Nous n’en sommes plus à l’époque des trains à charbon que l’on retrouve – avec plaisir – dans les paysages de far west chevauchés par John Wayne. Toutefois, il semble que de nombreux voyants soient au rouge dans cette lutte pour un monde plus vert.

Sans parler d’être globalement plus sobres dans nos modes de vie, notre façon de nous déplacer, de travailler ou encore de consommer, il est tout à fait déroutant de voir que des individus osent encore contrevenir à ce qui apparaît comme coulant sous le sens. Comment peut-on, à la sortie de cette nouvelle crise, alors que nous sommes entrer de plein fouet dans ce que d’aucuns qualifient d’Anthropocène, se relâcher ainsi, retomber si bas ? Est-ce une forme de représailles ou un simple constat d’échec après 2 mois de disette consumériste et de privation de libertés ? Une façon de de se rebeller face à toutes celles et ceux qui veulent imposer le diktat – parfois trop bienséant ou juste bien pensant – de l’écologie ?

Rester à quai ou prendre le train en marche. Tel est le dilemme qui se propose à nous, à tous, qu’on soit pauvre (en argent) ou riche, jeune ou vieux, convaincu ou non. Il ne tient qu’à nous de décider, ou non, d’appliquer les gestes barrières, de porter un masque suivant le lieu, la promiscuité et le profil des personnes rencontrées sur ce lieu. Comme il ne tient qu’à nous de jeter un masque usagé dans la nature. Tombé par mégarde ? Il n’y a pas d’excuse qui tienne. Il est fort à parier que la terre ne tiendra pas longtemps à ce rythme-là. Une goutte d’eau dans un océan de plastique, autant de masques qui finiront dans le ventre du septième continent, la goutte de trop ?

Beaucoup de questions pour lesquelles nous avons bien du mal à trouver des réponses satisfaisantes. L’un des effets collatéral de la pandémie est le retour du plastique à usage unique par exemple dans les salles de restauration des centres hospitaliers, alors qu’il avait été banni dans bien des établissements. Il est intéressant de constater pour autant que les Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) auraient produit 155 tonnes de déchets médicaux entre janvier et avril de cette année, contre 165 à 169 tonnes sur la même période entre 2016 et 2019. Si l’on s’en tient au milieu de la santé, il semblerait donc que cela ait eut un effet neutre voire même positif sur la quantité de déchets générés.

Dans le même article paru le mercredi 3 juin 2020 sur le site letemps.ch, sont mises en avant des recherches menées en Suisse sur des méthodes de décontamination des masques, voire sur un concept qui empêcherait le virus de se fixer. Sur le ring de la mondialisation, face au poids mouche pangolin, la prochaine fois on aura tests de dépistage, vaccins, masques et gants (de boxe) de qualité et en quantité suffisante, de quoi l’emporter par K.O. ! En attendant, on ne remerciera jamais assez les petites mains qui ont confectionné des masques « maison » à l’appel des proches en détresse, alors que la défaillance des gouvernements étaient cousu de fil blanc. Même si leur efficacité reste discutable, pas de critique possible sur les aspects écologique et social de ces objets qui effrayent autant qu’ils défrayent la chronique.

Alors ces masques en polyester ou en polypropylène que l’on retrouve au bord des voies ou flottant sur l’eau à proximité des berges du Rhône, serait-ce l’arbre qui cache une immense forêt rongée par les « parasites » ? Ce ne sont pas moins les incivilités mentionnées au début de cet article, symptomatiques de la fracture sociétale au sein notamment d’une jeunesse parfois désemparée, délaissée et indigente, que les dysfonctionnements autour de la production quel que soit le secteur, de la gestion des externalités négatives et de la filière du recyclage qui doivent être pris à bras le corps.

Serait-on ainsi trop porté sur l’émotion et pas assez dans le discernement ? Si la priorité est bien sanitaire, la chasse à l’homme pollueur et, à plus grande échelle, la sensibilisation aux gestes qui sauvent…la planète semblent quant à elles salutaires. Ne pas considérer l’écologie comme une priorité absolue lorsque l’on est un politique au pouvoir ou un dirigeant d’entreprise va rapidement devenir criminel. Jeter impunément une ordure est scandaleux. Il ne suffit pas de tirer à boulet rouge sur l’ambulance bleu-blanc-rouge – ou de tout autre majorité gouvernementale digne de ce nom – ou d’attendre d’elle de lois, des obligations, etc., s’il n’y a pas au préalable une prise de conscience individuelle et collective. Les enjeux auxquels nous serons confrontés pour ce deuxième semestre 2020 sont de taille. Aux gouvernants et à la société civile, d’agir – de manière concertée – pour faire cesser cette mascarade.

Alors que nous venons de vivre une édition de la Fête de la musique bien tristounette, rappelons que c’est toujours à la fin du bal (masqué) qu’on paye les musiciens. Dans le sillage des pionniers scandinaves et bolivien, je ne sais pas vous mais moi je suis impatient d’étudier dans le détail les mesures et actions proposées par la Convention Citoyenne pour le Climat, en particulier sur les volets « consommer » et « travailler/produire ».

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