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La permaculture, du concept à la butte au fond du jardin (½) : le concept

Permaculture, le mot se glisse souvent dans les conversations, surtout au printemps quand tout le monde a des envies de jardinage et de légumes maison. Mais qu’est-ce exactement que la permaculture et comment l’appliquer chez vous ? Petit tour du sujet en deux épisodes : Aujourd’hui, le concept.

Aux origines de la permaculture

Bill Mollison
Bill Mollison
David Holmgren
David Holmgren

Très à la mode ces derniers temps, la permaculture ne se limite pas à une série de techniques de jardinage écologique. En fait il ne s’agit pas de techniques à proprement parler.

La permaculture est d’abord un concept, inventé par Bill Mollison et David Holmgren en Tasmanie autour de 1978. Les termes « Permanent » et « agriculture » qui ont les mêmes sens en anglais et en français ont été combinés pour baptiser le concept.
Un concept qui vise, par le travail de la terre, mais aussi par l’architecture et le lien social, à obtenir une société de la soutenabilité. L’idée directrice de la permaculture c’est en effet de créer de l’habitat durable pour les hommes en s’inspirant des modèles qu’offre la nature.

Une des idées fortes à retenir c’est qu’en permaculture on ne doit pas appliquer de recettes toutes faites. Il faut s’adapter au milieu, observer et expérimenter pour obtenir les meilleurs résultats en fonction du biotope.

Le principe, pour ses inventeurs, est de créer des paysages qui imitent le fonctionnement optimal de la nature dans ses modèles et les relations qui s’y nouent, et d’en récolter les fruits, alimentaires, énergétiques et matériels (fibres etc) pour satisfaire les besoins locaux.

Mais l’humain est toujours au centre de la réflexion. Mollison et Holmgren expliquent ainsi en 1986 l’origine de leur réflexion  :
« Nous avons pris en compte les problèmes posés par le chômage et la retraite anticipée, les névroses urbaines, et le sentiment d’impuissance et d’absence de but ressentis par beaucoup dans le monde contemporain(…) les sociétés ont besoin d’idéaux partagés et de buts à long terme, et notre étude peut être une contribution parmi d’autres pour se diriger vers de tels objectifs »

Voilà ce qu’est réellement la permaculture pour ses inventeurs : un moyen de satisfaire les besoins et les aspirations de tous en s’appuyant sur l’environnement existant pour en tirer le meilleur sans en épuiser les ressources, au contraire.

Une façon de prendre soin des hommes en prenant soin de la terre.

 

Une démarche absolument écologique

Certes l’agriculture est au centre de la permaculture, mais celle-ci ne peut pas être séparée des questions d’énergie verte, de transport, d’aménagement du paysage, d’économie, de santé et même d’éducation.

On retrouve tous ses concepts dans « la fleur permaculturelle ».

https://permacultureprinciples.com

Permaculture Principles

Soit :

  • Soins à la nature et à la terre : jardinage bio intensif, agriculture bio, agroforesterie, conservation des graines…
  • Habitat : Maisons passives, recyclage de l’eau, autoconstruction, matériaux naturels…
  • Outils et technologies : Recyclage, outils à main, vélo, valorisation des déchets, production et stockage d’énergies renouvelables…
  • Enseignement et culture : École à domicile, apprentissage artistique, apprentissage de l’écologie sociale…
  • Santé et bien-être : Accouchement à domicile et allaitement, médecines alternatives, yoga, dignité dans la mort…
  • Finance et économie : Monnaies locales, partage des véhicules, marchés de producteurs, AMAPs, économie de l’échange, épargne solidaire…
  • Foncier et gouvernance : Coopératives et associations, habitat collectif et éco-villages, pratique de l’écoute…

On voit bien ce que cette démarche a d’éminemment écologique et combien ses effets peuvent être vertueux ne serait-ce qu’en termes de pollution :

Relocalisation de la production agricole au plus près du consommateur
Réduction des transports de marchandises sur mer et sur terre qui ravagent les océans et l’air de nos villes.
Élimination des intrants chimiques qui appauvrissent la terre et empoisonnent à petit feu le consommateur. Promotion de moyens de production d’énergie verte.

La permaculture et la ville

 

www.8thnbee.com www.8thnbee.com

 

Si la permaculture apparaît comme un moyen de remettre l’humain et ses (vrais) besoin au centre de l’espace et de donner au collectif les moyens de sa subsistance au niveau local, il est logique qu’elle vienne investir le lieu de vie majoritaire des hommes : la ville.

Ses créateurs Mollison et Holmgren l’ont d’ailleurs rapidement envisagé et le résumaient ainsi : « Toutes les cités ont des terrains libres, non utilisés ; les bords des voies, les coins de rue, les pelouses, les terrains devant et derrière les maisons, les vérandas, les toits en bétons, les balcons, les murs de verre et les fenêtres faisant face au sud. (…) Or les villes pourraient, à peu de frais subvenir à une grande partie de leurs besoins alimentaires ; et, pour ce faire, utiliser une grande quantité de leurs propres déchets comme mulch et compost. Mais peut-être le résultat le plus précieux que pourrait obtenir une cité adonnée à la permaculture serait-il la paix de l’esprit ».

C’est logiquement au sein de villages qui fonctionnent sur le principe de la communauté que se sont développés les premières expériences de permaculture. Mais elle apparaît aussi et peut-être surtout comme un moyen de repenser la ville.

Comme le résume Emmanuel Perzès le chercheur Emmanuel Perzès dans un article paru dans la revue Vertigo : « Comme héritière d’un certain « activisme », ce que propose la permaculture, c’est l’action productive par la réintroduction de la ville dans les cycles écologiques à partir de communautés locales ». (1)

On croise ainsi des exemples de permaculture et de travail communautaire dans de grandes villes à l’abandon comme Detroit où la permaculture et l’écologie sont venues dès le début des années 2000 apporter résilience et lien social à un espace urbain totalement exsangue comme à des populations laissées à l’abandon.

wwwdetroitagriculture.net

D’autres grandes villes américaines, à l’économie en revanche absolument florissante comme San Francisco ou New York, ont investi le terrain de la permaculture, que ce soit par la création de potagers urbains, de jardins collectifs, ou par le compostage des déchets organiques (objectif zéro déchets non recyclés ou compostés dès 2020 pour San Francisco).

On peut ainsi penser une ville où, comme l’imagine Emmanuel Perzès, la permaculture permettrait de « réinvestir chaque espace de la rue par des arbres fruitiers, chaque parterre par des buissons à baies gourmandes, chaque façade par des vignes, et même (de) réutiliser chaque poubelle comme composteur, afin de produire dans un rayon immédiatement disponible le cycle nécessaire à la vie communautaire. »

Après tout pourquoi s’interdire de l’imaginer ? Par exemple, en plus des obligations relatives au handicap et des places de stationnement souterrain,  il suffirait que le cahier des charges des nouveaux immeubles à construire intègre des espaces destinés à cultiver, composter, recycler et produire de l’économie verte.

Une utopie qui semble en fait presque raisonnable.

 

  1. La permaculture au sein de l’agriculture urbaine : Du jardin au projet de société Emmanuel Perzès. Revue Vertigo

 

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