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Juil

Terralogic : Quand la nature lutte contre la pollution

On l’évoquait il y a deux semaines : gros plan sur la PhytoDépollution avec Géraldine Legrain, créatrice de la start up Terralogic, sélectionnée par la Fondation Nicolas Hulot dans le cadre de l’initiative My Positive Impact.

Géraldine Legrain

Géraldine Legrain

Géraldine Legrain, vous êtes à la tête de Terralogic, une start up très « verte » qui se consacre à la phytodépollution, soit la dépollution des sols par les plantes. Pourquoi vous être lancée dans cette activité ?

G.L : J’ai un parcours un peu atypique ! Je suis une passionnée de botanique, de biologie, d’Evolution, le vivant sous toutes ses formes me fascine. Après des études de biologie, j’ai poursuivi ma formation: l’entomologie, la mycologie, la pédologie, la biodiversité… Etant naturellement attirée par l’écologie (au sens scientifique et philosophique), j’ai aussi découvert les plantes bio-indicatrices (merci monsieur Ducerf). Et plus particulièrement les plantes indicatrices de pollutions, problème qui m’interpelle. Le déclic a lieu à ce moment-là. Quelques clics plus tard, je découvre des centaines de recherches sur la Phytoremédiation (terme utilisé dans la littérature scientifique, auquel j’ai préféré celui de PhytoDépollution, qui est beaucoup plus parlant). Le virus était né ! L’idée germe et grandit. Viennent ensuite des essais sur terrains, puis mes premiers projets réalisés chez des particuliers, et enfin la start up !

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Comment est née la phytodépollution ? Et comment ça marche ?

G.L : La technologie est née dans un milieu pollué, lorsqu’une plante s’est adaptée et a trouvé le moyen de ne pas y mourir… Nous n’avons pas inventé grand-chose.
Un jour, on s’est demandé comment ces plantes pouvaient pousser dans ces terres polluées. La Phytoremédiation était née. L’intérêt a commencé dans les années 70, mais c’est dans les années 1990 qu’un véritable engouement s’est créé autour de la Phytoremédiation et que les travaux se sont multipliés dans le monde. Aujourd’hui il existe même une publication dédiée : The international journal of Phytoremediation.

Les végétaux ont plusieurs types de réponses face à la présence de polluants : la mort de l’organisme, l’évitement des polluants (les plantes résistent mais n’ont pas une grande action sur la pollution), la dégradation et l’absorption du polluant (l’extraction). Je simplifie beaucoup, car on distingue ensuite quelle partie de la plante réalise quelle action et par quel mécanisme. Il faudrait bien davantage que ces quelques lignes pour l’expliquer !
Bref, en combinant les actions des végétaux sur les polluants, on peut : dégrader, stabiliser, volatiliser, extraire une pollution. Mais les végétaux ne sont pas des superhéros : seuls, ils ne sont rien. La biologie du sol est extrêmement importante : les mycorhizes (associations champignons/racines) jouent un rôle crucial ! Il faut également faire attention à l’impact de la Phytoremédiation sur l’écosystème. Il faut aussi assurer un suivi, gérer l’entretien, les éventuelles fauches, l’évacuation des déchets verts chargés de polluants… Il ne s’agit surtout pas de planter un simple saule et d’attendre, c’est bien plus complexe… Ah, et il faut aussi avoir un minimum de bon sens «  jardinier ».

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Combien de temps faut-il pour dépolluer un terrain de cette façon ?

G.L : Il faut être clair : en 15 jours, on ne fait rien. Le temps d’une PhytoDépollution, c’est le temps des plantes. Je préfère être honnête et prudente : c’est une méthode qui demande un minimum de 3 ans. Mais nous avons parfois eu d’excellents résultats très encourageants en quelques mois sur des pollutions organiques.
Tout dépend des plantes, de la nature du sol, de la pollution (type, âge et concentration), de la météo… C’est extrêmement variable. Et c’est pour cette raison que nous nous appliquons à rendre la dépollution la plus belle possible, en l’intégrant au maximum dans des projets paysagers. Planter en rangs d’oignons me paraît complètement inintéressant : au contraire, nous voulons rendre la PhytoDépollution agréable aux yeux, facile à vivre pour ceux qui la côtoient chaque jour.

Avant la dépollution, vous chargez-vous de faire le diagnostic de pollution du sol ?

G.L : Ce n’est pas notre métier, et clairement, nous préférons laisser les spécialistes s’en charger. Des entreprises sont spécialisées dans les diagnostics pollution : c’est une tache complexe… Pour des questions de cohérence de résultats, nous utilisons les mêmes laboratoires tout au long d’une dépollution. Et nous suggérons systématiquement des suivis environnementaux sérieux.

Quelles sont les plantes que vous utilisez le plus couramment ? Y a-t-il des plantes particulièrement polyvalentes, ou chaque polluant nécessite t’il une plante spécifique ?

G.L : Il y a clairement quelques chouchous. Par exemple, certains saules et peupliers s’adaptent facilement et rapidement et sont de bons dépollueurs (et agissent sur une dizaine de polluants). Mais tout dépend de la stratégie qui sera employée : utilise-t-on une toute petite plante qui dépollue énormément, ou une plante qui dépollue moins, mais qui grandit bien mieux, et étend plus vite son rayon d’action? Les plantes utilisées sont-elles adaptées au sol ? Au terrain, au climat ? À la pollution ?
Les recherches continuent, et des polluants qui semblaient récalcitrants hier le seront moins demain.

Un tripsacumdactyloides

Un tripsacumdactyloides

Y a t’il des cas où les plantes ne peuvent rien ? (radioactivité etc)

G.L : Oui, bien sûr. Encore une fois, nous n’avons pas une seule solution miracle : nous ne pouvons rien quand la pollution est phytotoxique, c’est-à-dire quand des seuils de pollution (hotspots) sont trop élevés pour permettre à une plante de vivre, ou quand la pollution est très profonde. Les racines peuvent plonger profondément, mais il y a des limites.
De même, la biodisponibilité des polluants varie avec l’âge de la pollution et la nature du sol. Dans certains cas il faut avoir recours à une autre dépollution plus conventionnelle. Et les plantes pourront prendre le relai ensuite, pour peaufiner le travail.
Pour la radioactivité, le problème reste entier : oui, certaines plantes peuvent extraire des molécules radioactives. Mais certainement pas les dégrader ! Le problème du stockage persiste donc.
De même, dans des milieux très difficiles (climat, terrain), peu de plantes seraient sélectionnables et la PhytoDépollution serait vouée à l’échec.

Avez-vous des exemples de dépollution réussies par Terralogic ?

G.L : J’ai eu mes premiers exemples réussis lors de petits chantiers, chez des particuliers, avant de lancer ma start-up. Aujourd’hui, nous avons démarré plusieurs chantiers qui prennent un excellent départ. Il faut bien sûr laisser le temps aux plantes pour pouvoir confirmer leurs résultats!
Pour le moment cela se passe en France, mais nous avons été contactés pour exporter nos conseils.
Ailleurs, surtout aux Etats Unis et au Canada, la phytoremédiation est reconnue et a prouvé maintes fois ses capacités !

Les pouvoirs publics sont-ils sensibilisés à la dépollution par les plantes ? Font-ils appel à vous?

G.L : Le discours est ambivalent : nous avons été reçus par des services d’assainissement, des élus, des responsables qui avaient une forte envie de faire appel à nous : c’est un message très positif ! Mais ces personnes se heurtent au scepticisme d’autres services dont dépend aussi le projet : pour eux, la PhytoDépollution est injustement considérée comme un gadget ou une perte de temps.
C’est la même chose dans les entreprises. La méthode séduit, mais la vue sur le long terme est difficile à concilier avec les cycles des résultats financiers.
Pourtant, des terrains pollués attendent depuis des années. Si une PhytoDépollution se met en place tôt, les coûts de dépollution seront infiniment inférieurs aux autres dépollutions conventionnelles.

Vous avez été sélectionnés dans le cadre de l’opération My Positive Impact de la Fondation Nicolas Hulot, qu’attendez-vous de cette initiative ?

G.L : J’étais un peu réservée au départ : TerraLogic est encore toute jeune, et nous démarrons tout juste notre réseau… Je pensais que nous serions relégués en dernière place bien vite, faute de votes. Aujourd’hui nous ne sommes pas dans le Top 5, mais nous restons bien placés dans le premier tiers, et c’est une très bonne surprise. L’initiative de la Fondation Nicolas Hulot permet de nous faire connaitre auprès du public, de montrer qu’il existe des solutions économiques et écologiques pour dépolluer, et ça marche !
Clairement, nous attendons aussi que des grands groupes et des municipalités entendent enfin notre message. Mais il est parfois bien difficile de se faire entendre !

Comment envisagez-vous l’avenir de votre activité, et de votre entreprise ?

G.L : La dépollution est un monde opaque où les intérêts financiers sont énormes, les conflits d’intérêts fréquents et les solutions écologiques rares. Nous arrivons modestement mais sûrement dans ce marché, avec une solution économique et écologique très adaptable.

Nous ne pourrons rien pour les promoteurs immobiliers voulant dépolluer en 3 mois un terrain avant d’y bâtir un immeuble. Mais pour les chantiers moins contraints par le temps et où les moyens ne sont pas infinis, je suis convaincue que la PhytoDépollution est LA solution. Notre prochaine étape de développement sera de créer une pépinière de plantes dépolluantes : certaines plantes sont quasiment introuvables, ou encore en trop faible nombre. Nous renforcerons notre capacité à répondre aux chantiers sans perdre de temps dans la recherche des plantes.

Les pressions économiques et la prise de conscience écologique étant de plus en plus fortes, je pense donc que nous sommes amenés à voir grandir notre activité. Une graine d’entreprise qui ne demande qu’une bonne terre d’accueil, en somme…

Visiter le site de la startup écologique de Géraldine Legrain : www.terralogic.fr


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